L'IPHB est-elle anti ours ?

La position des partenaires 

rassemblés au sein de l'IPHB

L'Institution Patrimoniale du Haut-Béarn est l'expression de ses partenaires.


L’homme vivant dans les montagnes et l’ours semblent tous les deux condamnés à disparaître. Depuis dix ans, les partenaires de l’IPHB ont accepté de dépasser leurs divergences et de mettre tous leurs efforts en commun pour les sauver tous les deux. Il s'agit d'un projet global, sur lequel un très grand nombre de personnes travaillent tous ensemble depuis des années, pas à pas, avec une méthode qui s’efforce de ne laisser personne sur le bord du chemin. L’Institution Patrimoniale a fourni des efforts pour réintégrer l’ours dans le patrimoine des pyrénéens et la situation a évolué très positivement. Le climat s’est apaisé même s’il est resté fragile.

A partir de 1996, les élus ont décidé de renforcer la population ursine par l'apport de deux femelles - Délibération du 19 décembre 1996. L'ensemble des membres de l'IPHB a travaillé à l'élaboration d'un dossier de renforcement qui a été accepté à l'unanimité. Cependant, une entente n'a pas été trouvée avec Madame la Ministre de l'Environnement, qui a assorti son acceptation du dossier de conditions inacceptables pour les partenaires de l'IPHB - Courrier de Madame Voynet

En décembre 2004, suite à la mort de l’ourse Cannelle, les membres de l’IPHB (élus, valléens, bergers, chasseurs, associations de protection de la nature, forestiers, administrations...) ont pris leurs responsabilités - Proposition d'un programme de renforcement. Dans un contexte difficile, ils tous accepté de donner un coup d’accélérateur à la constitution d’un dossier de renforcement de la population d’ours. Un programme précis, détaillé et daté de l’arrivée de deux ourses dès 2005 a été élaboré. Ce programme très complet a été préparé avec une vision générale sur tous les aspects du territoire, sur les activités pastorales, forestières, de loisirs… Car l’ours ne peut être accepté que si sa présence apparaît comme une chance et un motif de légitime fierté. Il doit cesser d’apparaître comme un handicap et une source de contraintes insupportables pour les hommes qui vivent sur le même territoire et qui se sentent déjà tellement menacés par ailleurs. Dans l’objectif d’un renforcement de la population, il est absolument nécessaire que ceux qui, sur le terrain, doivent assumer sa présence puissent y consentir par eux-mêmes. C’est pourquoi une consultation très vaste de l’ensemble des acteurs concernés avait été prévue, pour que chacun se prononce et s’engage sur ce grand projet. Les membres de l'IPHB attendaient en même temps un appui très fort de l’Etat et des pouvoirs publics à cette démarche volontariste, optimiste et responsable des béarnais. Des échanges fréquents et constructifs avaient lieu avec le Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable et avec ses services. Puis ces relations ont été brutalement stoppées. Une décision, prise unilatéralement au plus haut niveau de l’Etat, est alors tombée sur les Pyrénées - Déclaration de Monsieur Lepeltier.

Avec ce qui a été considéré comme un grand mépris pour les travaux de l'IPHB et donc pour les habitants des vallées et pour le débat local, le ministre a annoncé la décision de doubler la population d’ours. 

Les partenaires réunis au sein de l'IPHB ont par conséquent considéré que cette décision de l’Etat rendait sans objet le montage du dossier de renforcement. Même si l'ours est un patrimoine national, européen, mondial, ils ont estimé que sa gestion est avant tout l’affaire des collectivités intéressées, des personnes qui vivent dans les territoires et que de telles décisions doivent être prises à leur initiative, comme cela est inscrit dans la Charte de Développement Durable des Vallées Béarnaises et de Protection de l'Ours, signée en 1994. Le sentiment général qui s'est installé après l’annonce du Ministre est que l’ours compte d’avantage que l’homme. Or, les vallées des Pyrénées sont en train de mourir les unes après les autres. Leurs habitants se sentent maintenant d’autant plus abandonnés. Les membres de l'IPHB a donc décidé de se désolidariser totalement de cette décision.Les travaux d’élaboration du programme de renforcement de la population d’ours en Béarn ont été interrompus. De plus, jamais la proposition de l'IPHB du 8 décembre 2004 n’avait été de réintroduire autant d’animaux, ni d’en mettre hors de son territoire. En outre, la vision des mesures de « compensation » proposées par le ministre se situe à l’opposé de celles qui étaient prévues. Elle consiste à placer les activités humaines sous dépendance de l’ours au lieu d'intégrer l'ours dans les activités humaines. Cette attitude a été jugée inadmissible. Et maintenant, en mars 2006, à quelques jours du discours de Madame la Ministre de l'Environnement qui va annoncer les modalités précises du programme, le plan d'accompagnement du pastoralisme apparaît complètement insuffisant, inadapté et sans réel support financier ou politique et surtout sans le socle social et politique qui a toujours été jugé indispensable par les membres de l'IPHB.

"Nous regrettons que, pour la deuxième fois, l’Etat crée les conditions de l’impossibilité de renforcer durablement la population d’ours en Béarn. Nous nous sommes tous engagés à conserver une population locale d’ours. Nous avons été aussi profondément affectés par la disparition de la dernière femelle béarnaise autant que avons ressenti l’immense émotion populaire qu’elle avait suscitée partout en France et même au-delà. Tout le monde a entendu les pleurs de l’ourson de Cannelle. Mais qui entend la complainte des derniers hommes vivant dans nos montagne et faisant vivre notre montagne ? Nous sommes convaincus que le destin de l’animal et le destin de l’homme sont liés et qu’il est possible d’agir sans sacrifier l’un au profit de l’autre. L’espoir doit revenir dans nos vallées et nous continuerons notre action dans ce sens, avec conviction, avec détermination."  CITATIONS ENTENDUES A L'IPHB. 

Lire aussi le courrier de Jean Lassalle à Jacques Chirac

Voir l'ensemble des documents de l'historique Ours : Les péripéries du renforcement




Actualité mars 2006


Lettre des bergers aux communes pyreneennes ayant accepte le renforcement :

Association  des Bergers et Eleveurs Transhumants des 3 Vallées

Aspe  Ossau  Barétous

 
                                                    Le 9 mars 2006

 Madame, Monsieur,

Vous avez décidé d’accepter le Plan de renforcement de la population d’ours imposé par Monsieur Serge LEPELTIER et confirmé par Madame Nelly OLIN. Or, ce plan a été annoncé en janvier 2005, au mépris de tous ceux qui s’étaient engagés le 8 décembre 2004 dans le plan d’action de l’Institution Patrimoniale du Haut-Béarn (I.P.H.B.) et, sur tout le massif pyrénéen, sans consultation préalable des acteurs de ces territoires et des éleveurs en particulier.

Ce plan de renforcement imposé par l’état une première fois, ne va t-il pas être imposé une seconde fois par des décisions de Conseils Municipaux ou de collectivités locales qui pourraient l’accepter ?

Nous attirons votre attention sur le fait qu’accepter ce renforcement sur une ou plusieurs communes c’est prendre la responsabilité d’imposer la présence d’ours réintroduits sur tout le territoire de nos vallées, et au-delà ! Et cela sans concertation. Accepter ce plan c’est continuer le mépris fait de l’inquiétude des paysans de montagne, c’est continuer l’absence de vraie concertation. C’est nous déposséder collectivement de toute réflexion, décision et garantie sur la place de chacun dans la montagne de demain. 

Accepter ce renforcement, c’est mettre sûrement les bergers et les éleveurs de ces territoires dans des situations de cohabitation difficile, voire impossible, sans aucune garantie minimum, sans aucun lieu de gestion des problèmes ou des drames qui ne manqueront pas de surgir, sans aucun lieu de concertation réelle.

Alors, les habitants de nos vallées qui subiront les conséquences néfastes d’un tel renforcement ne manqueront pas de se retourner contre ceux de nos vallées aussi qui l’auront permis. Il leur faudra alors assumer seuls la responsabilité des actes des ours qu’ils auront réintroduits. 

Accepter ce renforcement, c’est peut-être un très bon coup médiatique et « commercial » mais c’est un mauvais coup à la solidarité indispensable à l’avenir de nos vallées. C’est enfin donner à l’état le droit de faire sans nous et même contre nous.

Ici en Béarn, la cohabitation avec l’ours est une réalité ancestrale de nos vallées, nous essayons depuis plus de dix ans de l’améliorer. Elle devient parfois tellement difficile, souvent à cause de certains hommes bien lointains de nos réalités qui la compliquent tellement, que certains, de plus en plus nombreux, finissent par penser qu’elle devient impossible. Le sauvetage des ours comme le sauvetage de la transhumance et des bergers tient à la volonté des hommes.

Ce sauvetage sera collectif ou ne sera pas !

Malheureusement, l’évolution de l’agriculture de montagne fait que nous sommes de moins en moins nombreux dans les vallées et aussi dans les conseils municipaux, mais nous sommes solidaires des bergers et éleveurs transhumants qui eux y sont !

Pour nous, transhumants des vallées d’Ossau, d’Aspe et de Barétous, les choses sont claires. Nous avons créé en 1990 l’Association des Eleveurs et  Transhumants des Trois Vallées pour que dès lors personne ne décide sans nous et encore moins contre nous. 

Nous avons toujours participé à toutes les assemblées qui traitent de nos montagnes, de nos vallées, du territoire où l’on vit et que l’on participe à faire vivre. A toutes les assemblées sauf celles où nous savions que l’on nous prendrait en otage ! 

C’est pour ces raisons qu’ici en Béarn, nous avions décidé en 1994 de signer la Charte de développement durable des vallées béarnaises et de protection de l’ours pour participer activement avec tous les acteurs aux projets d’avenir pour notre territoire, aux côtés des élus de nos villages.

Mais la Charte n’a jamais dit que les signataires devraient se soumettre à quelque pression que ce soit et encore moins à la décision unilatérale et autoritaire de l’état de remettre des ours, bien au contraire.

Que ceux qui réclament le respect des engagements pris dans la Charte la relisent attentivement et balaient devant leur porte, même ceux qui n’ont pas eu le courage de la signer !

 Revenir à « la Charte, toute la Charte et rien que la Charte » comme nous l’avons si souvent dit et écrit serait peut-être retrouver la voie de la sagesse et du dialogue. Mais après tant de mépris, est-ce encore possible ? En attendant, nous veillerons à ce que personne ne fasse dire à la Charte ce qu’elle ne dit pas, parce que nous l’avons signée et nous n’accepterons pas que l’on décide pour nous, sans nous !

 L’introduction d’ours décidée par Monsieur Serge LEPELTIER et Madame Nelly OLIN, ce n’est pas la Charte !

Nous tenions à vous faire part de notre position afin que vos décisions définitives soient prises en toute lumière de la réalité et parce que nous craignons que nos vallées pourraient vraiment y perdre dans un avenir qui pourrait s’annoncer des plus confus.

Sûrs de votre compréhension, nous vous adressons nos sincères salutations.
 

Le bureau de l’Association 

Valérie CASABONNE-ANGLA, bergère en vallée d’Ossau

Monique LAHITETTE, bergère en vallée d’Ossau

Jean-Michel HARRITCHABALET, berger en vallée de Barétous

Jean-Louis LABORDE-BOY, berger en vallée d’Ossau

Julien LASSALLE, berger en vallée d’Aspe

Joseph Paroix, berger en vallée d'Ossau


Courrier du ROC à l'IPHB

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Article


PP22-03-06



Témoignage des bergers remis à la Préfecture des Pyrénées-Atlantiques le 23 mars 2006


Association des eleveurs et transhumants des trois vallées

Aspe Ossau Barétous

Que voulez vous faire de nous ?

 

Depuis 1 an, s’abat sur nous :

 
1-L’éco-conditionnalité :

 Nous n’avons aucune intention de polluer nos terres et nos rivières, ni d’empoisonner nos cultures et nos animaux. Notre façon de faire de l’agriculture est reconnue aujourd’hui comme bénéfique à l’entretien de nos territoires et à la biodiversité. Même si nous ne sommes pas parfaits et que nous cherchons tous les jours à nous améliorer.

 Nous avons reçu le dossier de la PAC, une liasse de plus de 60 pages d’obligations, d’imprimés à compléter, de conditions, de mises en garde, etc... Les premiers contrôles sont annoncés : 4 fonctionnaires de 9h00 à 17h00 pour tout contrôler dans le moindre détail. La moindre erreur ou oubli entraînera la sanction, la menace de perte des aides agricoles dont on nous a rendu désormais dépendant.

 L’agriculture de montagne est reconnue pour avoir des handicaps naturels. Il s’y ajoute aujourd’hui un handicap administratif.

 
2-L’identification ovine :

Elle vient d’être complètement changée. Il faut désormais des boucles aux oreilles des animaux pour tous les évènements : naissance, renouvellement du troupeau, vente, abattage, équarrissage, voire plusieurs à changer à chaque fois.

 Faudra-t-il agrandir les oreilles de nos animaux ? Une chose est sûre, un éleveur qui jusque là pouvait livrer seul les animaux au groupement ou à l’abattoir ne le peut plus, car il ne peut pas décharger la bétaillère, changer les boucles à chaque animal et compléter les imprimés...

 
    3-
Le « Paquet hygiène » pour les producteurs fermiers :

Là encore, plus de 100 pages de consignes, d’obligations, d’imprimés à compléter et de menaces de perte d’agrément de vente ou d’aides...

Des stages de 2 jours et demi de « bourrage de crâne » pour nous apprendre à nous laver les mains, à lire un code barre sur un lot de présure, pour le reporter sur un cahier... au nom de la traçabilité !

Des stages cautionnés par la cellule de veille interprofessionnelle sans consultation des fermiers béarnais.

 Même les rares d’entre nous qui maîtrisent l’informatique, osent avouer avec franchise qu’ils n’y arriveront pas. Et comme vous le savez, l’informatique n’est pas dans toutes nos exploitations et encore moins en estive où se fait le quart de la production fromagère fermière de notre département.

 L’Union des Producteurs Fermiers (UPF) vous demande d’organiser très rapidement une rencontre parce que « ça ne passera pas » !

 
4-Le black-out sur le nouveau cahier des charges de l’AOC Ossau-Iraty :

 Comment est il possible et pourquoi, après 5 ans de travail dans l’AOC, l’avis favorable du Comité National des Produits Laitiers (CNPL) et la signature pour accord de deux ministres - de l’agriculture et de l’économie et des finances- ce nouveau cahier des charges qui renforce notre AOC a-t-il été bloqué avant sa parution au Journal Officiel qui permettrait sa mise en application ?

Veut-on réduire le fromage fermier béarnais au rang de faire valoir ou de produit d’appel du fromage industriel ?

On pourrait poursuivre cette longue liste insupportable...

Toutes ces exigences n’ajoutent rien à la qualité et au sérieux des agriculteurs, des éleveurs, des producteurs. Au contraire, cela s’impose au détriment du temps qu’ils consacrent à la qualité de leur produit. De plus, cela fait davantage peser sur eux, sur leur image et leur conscience, un doute, une menace, des suspicions...  

Cela ne rajoute pas un centime d’euro à leur prix de vente actuel ni à leur revenu. Cela ne réduit pas les temps de travaux de plus de 60 heures hebdomadaires de labeur pour un salaire souvent inférieur au SMIC.

Au contraire, le travail administratif est décuplé au point de bientôt dépasser le temps consacré à l’acte de production et toute cette « paperasse », dont on se demande si quelqu’un la lit, sacrifie nos nuits de repos et nos vies de famille...

L’inquiétude grandit, la morosité l’emporte, l’abattement gagne et déjà beaucoup trop d’entre nous « jettent l’éponge » et pensent à vendre leur patrimoine pour des opérations immobilières mais surtout pas pour en prolonger la vocation agricole et encore moins y installer leurs enfants...

Il y a encore près de 600.000 agriculteurs en France. On nous affirme qu’il n’y en aura plus que 150.000 dans moins de 10 ans, sans que ça n’inquiète personne.

Ferons-nous encore partie des 150.000 ? Rien n’est moins sûr !

Et c’est dans ce contexte et au mépris d’une longue et positive démarche locale engagée depuis plus de 10 ans, que la Ministre de l’Ecologie décide de façon unilatérale et autoritaire de nous mettre des ours. Certes ils ne seront pas déposés chez nous en Béarn, mais ils ne resteront pas où ils seront parachutés... Ils seront bientôt chez nous et chez tous ceux qui n’en voulaient pas, réduisant les villages qui les ont acceptés au rôle de « cheval de Troie » des Pyrénées et les autres au rang des victimes d’une immense imposture nationale et internationale.

Monsieur le Préfet, vous plus que tout autre sur la chaîne des Pyrénées pouvez arrêter ça et proposer une autre voie. Nous vous remettons tous les écrits que nous avons faits sur le sujet depuis 2002. Nous savons que vous en ferez bon usage.

Et aujourd’hui, un des nôtres qui nous avait dit « Je serai à Paris la voix des petites gens d’ici » est au 17ème jour de grève de la faim...

 
Remis ce jour, jeudi 23 mars 2006

en Préfecture de Pau,

à Monsieur le Préfet des Pyrénées-Atlantiques,

par la délégation de l’Association des Eleveurs et Transhumants des Trois Vallées


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